J’ai lancé Piroker en me disant « allez, une partie pour voir ». Trois heures plus tard, j’étais encore en train d’y jouer sans avoir vu le temps passé. Ça résume assez bien mon expérience sur ce jeu.
Piroker est en playtest PC accessible sur Steam via une demande d’accès, développé et édité par HABBY.FUN. Pas de date de sortie annoncée, pas de prix communiqué. Le pitch officiel : un PvP à 8 joueurs qui fusionne les règles du Texas Hold’em avec un auto-battler roguelike, le tout chez les pirates (pour pas me changer du remake d’Assassin’s Creed Black Flag).
TFT rencontre le Texas Hold’em, en pleine mer
Le concept se comprend vite si vous avez déjà touché à Teamfight Tactics. On choisit un pirate en début de partie, chacun a son bonus de personnage, une sorte d’orientation stratégique de départ. Ensuite, des cartes sont posées au centre de la table. Les trois premières se dévoilent d’entrée, ce qui vous donne déjà une idée de la main que vous pouvez espérer construire.

Et c’est là que le jeu s’écarte du poker classique : tout le monde reçoit exactement les mêmes cartes communes. Il n’y a donc pas de chance de pioche à blâmer. Deux joueurs peuvent finir avec une couleur identique et afficher des scores complètement différents. La différence ne vient jamais des cartes. Elle vient de ce que vous en faites.
Les reliques : c’est là que la partie se joue vraiment
Une fois les trois premières cartes visibles, vous choisissez un objet : une relique. Selon ses capacités, elle améliore votre score ou vous donne un bonus supplémentaire.
Et là, le réflexe TFT revient immédiatement : une boutique, un bouton de reroll, et la possibilité de monter le niveau de la boutique pour accéder à des reliques plus puissantes. Le dilemme est exactement le même que dans l’auto-battler de Riot : est-ce que je dépense maintenant pour renforcer ma manche, ou est-ce que j’économise pour taper dans le haut du panier plus tard ?
Les effets des reliques se combinent, évidemment. C’est tout l’intérêt. Et si vous enchaînez trois reliques, vous décrochez un poisson, qui vient ajouter un bonus supplémentaire par-dessus. Là encore, ceux qui ont fait leurs armes sur TFT reconnaîtront le principe des paliers de synergie.
Fin de round, on ne garde pas tout. Il faut sacrifier des reliques et conserver la meilleure, celle qui vous fera repartir avec un avantage sur vos adversaires au round suivant. C’est un vrai choix, pas une formalité. J’ai perdu plusieurs parties simplement en gardant la relique qui affichait le plus gros chiffre plutôt que celle qui collait à mon build.
Battle royale à 8 : perdre coûte de plus en plus cher
À chaque manche, on compare les scores. Au début, les quatre premiers retirent des points de vie aux quatre derniers. Rien de dramatique.
Sauf que le champ se resserre. À mesure que des joueurs sautent, la probabilité de se retrouver dans la moitié perdante grimpe mécaniquement et les dégâts encaissés augmentent au fil des rounds. Une manche ratée en début de partie, ça passe. La même erreur en fin de partie, c’est terminé. Le jeu ne vous laisse pas dormir sur une avance : il oblige à continuer à optimiser jusqu’au bout, alors même que vous êtes en tête, à l’inverse d’un TFT ou on peut faire une tactique en early game ou en late game. Ici il faut faire les bons choix et tous le temps.

On joue jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un. Une partie menée à son terme tourne autour de 15 minutes, ce qui est le bon format : assez court pour enchaîner, assez long pour qu’une élimination pique un peu.
Le vrai défaut : on ne comprend pas toujours pourquoi on gagne
Autant être clair, c’est le point noir de mon playtest. Il arrive régulièrement qu’on ne sache pas vraiment comment les mains sont comptabilisées et qui remporte la manche, ni pourquoi. Le score s’affiche, les dégâts partent, et on hoche la tête sans avoir suivi le calcul. Les mains reconnues par le jeu sont aussi assez fantaisistes par rapport au poker traditionnel, ce qui achève de brouiller les repères pour quiconque arrive avec ses habitudes de Texas Hold’em.
Plusieurs confrères anglophones ont testé le playtest et se sont arrêtés là, en concluant à un jeu confus et mal expliqué, sans tutoriel digne de ce nom. Le reproche sur l’explication est parfaitement fondé. Sur la conclusion, je ne les suis pas.
Parce qu’au bout de quelques parties, ça se décante. On identifie les reliques qui marchent, celles qui sont des pièges, les moments où il faut monter la boutique plutôt que reroll. Les scores grimpent, et le top 4 devient accessible assez naturellement, puis mieux. Ce n’est pas un jeu incompréhensible : c’est un jeu qui refuse de vous expliquer ses propres règles et vous laisse les reconstituer par déduction. La nuance est énorme, et elle décide de qui restera ou pas.
Une direction artistique de bande dessinée
Visuellement, c’est très réussi et très lisible. Le style est franchement cartoon, les couleurs sont vives, et on a vraiment l’impression de jouer dans les cases d’une BD pirate. Aucune prétention technique et tant mieux, la configuration minimale annoncée tourne autour d’un Core i3 avec 2 Go de RAM et 500 Mo d’espace disque. Autant dire que ça tourne sur à peu près n’importe quoi, macOS compris.
Petit point qui compte : l’interface est disponible en français. Ce n’est pas systématique sur ce genre de playtest.
Trois modes, des crânes dorés et un classement
Le playtest propose trois modes de jeu avec des mises différentes, dont un mode compétitif qui permet de gagner des crânes dorés et de faire grimper son classement dans un leaderboard. C’est ce mode qui donne envie de relancer : la progression est visible, et la défaite a un coût symbolique.
Verdict
Piroker part avec un handicap qu’il s’inflige tout seul : il ne vous explique rien, et il faut plusieurs parties avant que le système ne devienne lisible. Ca ne m’a personnellement pas dérangé car je me suis vite pris au jeu, mais un manque de tuto peut en rebuter certains.
Ceux qui restent trouveront un jeu redoutablement bien construit. Les mêmes cartes pour tout le monde, c’est une idée forte qui élimine l’excuse de la malchance et concentre tout sur la décision. La boucle boutique-reroll-reliques-poissons fonctionne, le format de quinze – trente minutes est calibré, la direction artistique est charmante, et la courbe de progression donne exactement ce qu’on attend d’un jeu de ce type : la sensation nette de devenir meilleur.
Si vous avez aimé TFT et que l’habillage poker ne vous fait pas peur, c’est un jeu à surveiller en attendant sa sortie. Il faudra également garder un œil sur ce que deviendront ces achats intégrés d’ici la sortie : c’est là que se jouera la réputation du jeu.

